Le froid réel, en chiffres — et il n'est pas où l'on croit
Commençons par tuer une idée reçue, parce qu'elle empoisonne les deux extrémités du raisonnement. En plaine du Rhône, le climat n'est pas rude pour une pompe à chaleur : à Sion, il ne tombe que 2,7 jours par an sous − 10 °C sur la normale 1991-2020 de MétéoSuisse. C'est pratiquement le chiffre du Plateau suisse. Dire « il fait trop froid ici » à Sion, à Vétroz ou à Saint-Léonard ne tient tout simplement pas.
Mais dès que l'on monte, l'affaire change de nature, et il faut le dire aussi franchement. À Montana, on compte 12,7 jours par an sous − 10 °C. À Evolène, 18,6 jours, avec des minima qui descendent à − 22 °C. Ce n'est plus le même hiver, ce ne sont plus les mêmes heures de fonctionnement, et ce n'est plus la même machine.
| Là où vous êtes. | Jours par an sous − 10 °C. | Ce que cela change. |
|---|---|---|
| Plaine du Rhône, autour de Sion. | 2,7 jours. | Une machine air-eau standard convient, sans réserve particulière. |
| Coteau et villages de moyenne altitude. | Entre les deux. | Le dimensionnement se discute, la machine reste courante. |
| Villages de vallée et stations, vers Crans-Montana ou Evolène. | De 12,7 à 18,6 jours. | Machine choisie pour le froid, réglages soignés, appoint sérieusement étudié. |
La bascule se joue entre 1'200 et 1'400 mètres
Il n'y a pas de frontière officielle, et personne ne devrait vous en vendre une. Mais si l'on regarde les séries climatiques du périmètre, le discours technique bascule quelque part entre 1'200 et 1'400 mètres. En dessous, on raisonne comme en plaine, avec des marges. Au-dessus, on raisonne comme en montagne : nombre d'heures à faible température, dégivrage plus fréquent, puissance disponible qui baisse au moment précis où le besoin monte.
Cette bande traverse le territoire en plein milieu, et souvent au milieu d'une même commune : entre Basse-Nendaz et Haute-Nendaz, entre les villages du coteau d'Ayent et Anzère. Autrement dit : ce n'est pas la commune qui décide, c'est l'altitude de votre bâtiment. Deux maisons de la même commune peuvent relever de deux raisonnements différents.
En Valais, la station météo est écrite dans la loi
Voici un point que presque personne ne publie, et qui est pourtant vérifiable en trois clics. Dans la plupart des cantons, le choix de la station météo servant à dimensionner un chauffage relève d'une convention entre ingénieurs. En Valais, il figure dans l'ordonnance cantonale sur l'énergie.
La règle est simple : jusqu'à 1'000 mètres d'altitude, on utilise les données de la station de Sion ; au-dessus, celles de la station de Montana (OcEne art. 23 al. 1). L'ordonnance laisse une porte ouverte : dans des cas particuliers et sur justification technique, d'autres données climatiques plus appropriées peuvent être retenues (al. 2). Mais le point de départ est écrit, et il s'impose à tout le monde.
Beaucoup de communes du périmètre sont donc à cheval sur les deux régimes : Nendaz, Savièse, Lens, Anniviers et plusieurs autres. Une offre qui ne précise pas sur quelle station elle a calculé n'a pas fait son travail.
Méfiez-vous d'une température affichée à la décimale
Vous verrez circuler, sur des sites et jusque dans des devis, des températures de dimensionnement précises au dixième de degré pour telle ou telle commune. Nous n'en publierons aucune, et voici pourquoi : ces valeurs viennent d'une norme professionnelle payante que nous n'avons pas pu consulter à la source. Publier un chiffre que l'on n'a pas vérifié soi-même, c'est exactement ce que nous refusons de faire.
Ce que nous pouvons vous dire est plus utile : la température de dimensionnement de votre bâtiment dépend de la station de référence fixée par l'ordonnance — Sion jusqu'à mille mètres, Montana au-dessus — et des données climatiques de la norme SIA 2028. Méfiez-vous d'une offre qui affiche cette valeur à la décimale sans dire d'où elle sort : le choix de la station et de la valeur relève de votre ingénieur, et il doit pouvoir vous le justifier. Notez au passage que la référence de calcul de la puissance est la norme SIA 384/2 dans sa version de 2020, et qu'une ancienne référence de 2003 traîne encore dans des documents : elle est abrogée.
Le logement occupé par périodes : ce qui décide n'est pas la puissance
C'est le point le plus mal traité de toute la région, et il concerne des milliers de bâtiments. Dans les stations et les villages de vallée, une grande partie du parc n'est pas habitée en continu : on arrive le vendredi soir, on repart le dimanche, ou l'on vient trois semaines l'hiver et deux l'été.
Or un chauffage qui redémarre depuis une maison froide ne pose pas le même problème qu'un chauffage qui maintient une température. Ce qui décide de votre confort dans ce cas, ce n'est pas la puissance de pointe par grand froid — c'est la remontée en température : combien de temps la maison met à repasser de 8 à 20 degrés, et à quel prix. Une pompe à chaleur y arrive très bien, à trois conditions :
- Ne pas laisser tomber la maison trop bas. Une consigne d'absence raisonnable coûte moins cher que la relance depuis le hors-gel.
- Piloter à distance. Lancer la remontée la veille depuis le téléphone vaut tous les surdimensionnements du monde — et, nous allons le voir, c'est même en train de devenir une obligation.
- Soigner l'inertie et l'enveloppe. Dans un chalet mal isolé, la remontée est un tonneau percé. C'est là que l'isolation rapporte le plus vite.
Le réflexe inverse — commander une machine deux fois trop grosse « parce qu'on est en montagne » — se paie deux fois : à l'achat, puis tous les jours, parce qu'une machine surdimensionnée démarre et s'arrête sans arrêt. C'est l'une des erreurs les plus coûteuses du secteur.
L'obligation d'ici 2035 que presque personne ne mentionne
Si votre logement est chauffé à l'électricité et n'est occupé qu'une partie de l'année, la loi valaisanne vous demande de l'équiper d'une commande à distance permettant d'abaisser la température, dans un délai de dix ans dès le 1er janvier 2025 — donc d'ici 2035 (LcEne art. 40 al. 3). La même obligation d'équipement, au même délai, vise les chaudières des bâtiments occupés de manière intermittente, et le réglage doit être prévu par unité d'occupation (art. 38 al. 4).
Attention à la nuance, elle est importante : il s'agit d'équiper, pas de remplacer votre chauffage. Et il y a un déclencheur que l'on découvre généralement trop tard : l'ordonnance impose au moins deux niveaux de température réglables à distance lorsque vous changez votre producteur de chaleur (OcEne art. 37). Poser une pompe à chaleur dans un chalet à occupation intermittente déclenche donc cette exigence. Ce n'est pas une contrainte à subir : c'est une ligne à faire figurer au devis, dès le premier rendez-vous.
Un mot sur la « Lex Weber », puisque la question revient toujours
La loi fédérale sur les résidences secondaires ne parle pas de chauffage : le mot n'y figure pas une seule fois. Elle régit la création de logements, pas la manière dont on les chauffe. Remplacer une chaudière par une pompe à chaleur dans un chalet à Veysonnaz, à Grimentz ou sur le Haut-Plateau ne se heurte à aucune règle sur les résidences secondaires.
Les deux vrais obstacles d'un chalet sont ailleurs, et ils sont techniques : le chauffage remplacé doit être du mazout, du gaz naturel ou de l'électrique à résistance — pas du bois — et la machine doit couvrir la totalité des besoins. Garder deux convecteurs « au cas où » fait tomber le dossier de subvention. Si votre chalet se chauffe aux bûches, lisez plutôt notre guide sur le bois et la pompe à chaleur.
Hors zone à bâtir, ce n'est plus votre commune qui décide
En montagne, une part importante du bâti n'est pas en zone à bâtir : mayens, chalets d'alpage, hameaux, territoires à habitat traditionnellement dispersé. Le dossier ne relève alors plus du conseil municipal mais de la Commission cantonale des constructions, et la loi range expressément les zones des mayens parmi les constructions protégées en tant qu'éléments caractéristiques du paysage (LC art. 2 al. 2). Ne partez donc jamais du principe que la procédure d'annonce s'applique à votre chalet : faites confirmer le régime de votre parcelle avant de commander quoi que ce soit.
Les points hauts du périmètre, sans légende
Ce site couvre une amplitude habitée de 1'520 mètres, entre Aproz et Arolla : deux adresses postales du même site, à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau. Cela mérite deux précisions honnêtes, parce qu'on lit souvent le contraire.
Arolla est le point habité le plus haut du périmètre, mais ce n'est pas un village qui vit à l'année : on y compte une cinquantaine d'habitants permanents, le bâti y est largement hôtelier et résidentiel, et la route est fermée l'hiver au-delà. Quant à Chandolin, dans le val d'Anniviers, il serait l'un des villages habités à l'année les plus hauts d'Europe — nous écrivons « l'un des », et au conditionnel, parce que le titre du plus haut est revendiqué ailleurs en Suisse.
Air ou sonde : ce qui se pose vraiment en hauteur
Dès que l'on quitte la plaine, la nappe du Rhône n'est plus dans le paysage et le choix se resserre. Une machine air-eau reste possible partout, à condition d'être choisie pour le climat réel du lieu et non pour celui de la plaine. Une sonde géothermique redevient une option de fond, parce que le sol, lui, ne connaît pas les − 22 °C de janvier : c'est même l'argument le plus solide de la montagne, et nous le détaillons dans notre guide sur le forage en Valais central.
Où vérifier, texte en main
La règle des stations de référence et l'obligation de commande à distance se lisent dans l'ordonnance cantonale sur l'énergie et dans la loi cantonale sur l'énergie. La compétence de la Commission cantonale des constructions figure à l'article 2 de la loi sur les constructions. Le texte fédéral sur les résidences secondaires est publié sur le recueil fédéral, et les conditions des aides sur la page du Service de l'énergie.
Si votre bâtiment est haut perché et occupé par périodes, dites-le dès votre première demande : cela change la machine, les réglages et le devis.